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Confinement : « Cette épreuve va s’inscrire dans notre rapport à notre habitat et à la nature »

Confinement : "Cette épreuve va s'inscrire dans notre rapport à notre habitat et à la nature"

E.W. de La Libre

Publié le 26-05-20 à 09h44 – Mis à jour le 28-05-20 à 11h55

On s’est rendu compte qu’on avait besoin de son espace intérieur pour être bien… à l’intérieur.

On l’a adoré, on s’y est senti protégé, on y a travaillé, on y a vécu tout seul (puis trop seul parfois), en famille (puis trop entouré soudain), on est passé du “home sweet home” ou de cet endroit où dormir à un autre rapport à chez nous : pour certains, il est devenu étouffant, et pour d’autres, ce fut le temps des (re)trouvailles.

“Une chose est sûre, nous avons vécu des moments prolongés chez nous. L’habitat a un rôle de bulle qui nous permet de nous retirer hors de la sphère sociale et professionnelle. Ici, tout se mélangeait et certains l’ont vécu comme une réclusion et notamment les jeunes, de 16 à 20 ans : on ne fait pas du nesting à cet âge-là”, remarque Jonathan Collin, enseignant et chercheur en Sciences sociales à la HE Vinci. “Il a fallu renégocier une manière de fonctionner, des conditions relationnelles vivables, faire rentrer le professionnel dans la sphère privée, et libérer un espace pour chacun. Retrouver une liberté chez soi dans ces conditions, ce n’est pas facile, et puis il y a des habitats qui s’y prêtent naturellement mieux que d’autres.” 25% des salariés en télétravail ont installé leur bureau dans une pièce qui n’était initialement pas prévue à cet effet. 60 % travaillent depuis leur salon. “Le chez-soi est une création personnelle, qui n’a de sens que parce qu’il s’articule à un extérieur”, rappelle Pascal Dreyer de chez Leroy

Confort et stockage

© Unsplash

Pourtant, cahin-caha, on y est parvenus : “Pour moi, la maison c’était en quelque sorte du boulot après le boulot, je ne me posais jamais”, raconte Nadège, 38 ans qui habite à Mons. “Et là, j’ai dû télé-travailler, m’occuper des enfants et de leurs devoirs, voir mon mari tous les jours… Eh bien, finalement, même si parfois c’est tendu, je peux dire que j’ai redécouvert mon chez moi et ma famille”. Tout en expliquant que la terrasse, “[m]a pièce en plus” a bien joué son rôle de bouffée d’air frais pour tout le monde.

Chez Ikea, on a d’ailleurs constaté au cour de la première semaine de réouverture que “le ticket moyen était plus élevé que d’habitude et que les clients cherchaient plus de confort : ils achètent plus de canapés et de matelas. Les solutions de stockage sont également très appréciées, tant pour les salons que pour les dressings. Le télétravail et les cours à la maison conduisent à la vente d’un plus grand nombre de solutions de bureau. Enfin, les gens réfléchissent déjà à leurs prochaines vacances et investissent dans leur jardin et leur terrasse”, résume Colombine Noicolay, la porte-parole.

« Une épreuve qui va s’inscrire »

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Bosco Verticale, des imeubles « green » à Milan. © Chris Barbalis/Unsplash

L’architecte Hélène Nicodème, qui s’est formée en Feng Shui Occidental en est persuadée : notre intérieur, c’est notre 2e corps énergétique, “et ce que nous avons traversé ces derniers mois sera inscrit chez nous dans les deux sens du terme. Pour beaucoup, on a redécouvert notre maison et ce faisant notre maison intérieure. Regardez ces grands mouvements vitaux qu’ont fait les personnes confinées : les grands ménages, les grands rangements. La plupart pense que c’était pour passer le temps mais cela faisait surtout partie d’une préparation à un renouveau.

De l’épreuve, Hélène Nicodème a trouvé intéressant que chacun ait pu se rendre compte que d’une part, la nature, l’extérieur étaient ressourçants “et donc qu’il faut davantage en prendre soin” et d’autre part qu’il fallait à chacun un espace, tant physique qu’intérieur ou temporel. “Et je ne parle pas d’une pièce ! Quand on a peu d’espace, il s’agit de décider que son lit par exemple, ou ce petit coin à la lumière douce sera “son” espace. Et le faire comprendre aux autres”. Aussi simple que ça ? “C’est se donner un cocon, pour pouvoir se reconnecter à ses émotions, à son ressenti. Régénéré, on peut prendre soin bien mieux des autres”, confirme-t-elle. Dans sa pratique professionnelle où elle met déjà l’habitat au service de l’harmonie, l’architecte a l’habitude d’avoir une approche holistique pour que les logements non seulement soient plus autosuffisants en énergie mais permettent aussi à ses habitants de découvrir un bien-être auquel ils ne songeaient même pas ! Et par la suite, elle pourrait bien y faire rentrer la notion de résilience face à d’éventuelles autres crises à venir, en pensant encore plus finement espace intérieur et accès à l’extérieur.

Reste que pour certains, retrouver une liberté à l’intérieur passe surtout par se réapproprier l’espace public “parce que cela permet de souffler”, évoque le professeur Collin, surtout pour des populations moins favorisées. Ou de (se) fuir.

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